Depuis le début des opérations russes il y a six jours, plus de 660.000 personnes, principalement des femmes et des enfants, ont fui l’Ukraine vers les pays voisins, a indiqué mardi l’Agence des Nations Unies pour les réfugiés (HCR), relevant que ces chiffres augmentent de façon « exponentielle ».
« La plupart ont fui vers la Pologne, la Hongrie, la Moldavie, la Roumanie, la Slovaquie, tandis que d’autres se sont dirigés vers divers autres pays européens », a déclaré lors d’un point de presse à Genève, Shabia Mantoo, porte-parole du Haut-Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR), ajoutant qu’un nombre « non négligeable de personnes se sont déplacées vers la Fédération de Russie ».
L’illustration de ces mouvements de populations s’est traduite par des kilomètres de files d’attente dans les différents points frontaliers.
Des personnes ont attendu jusqu’à 60 heures pour entrer en Pologne, tandis que les files d’attente à la frontière roumaine atteignaient 20 heures. En Moldavie, il faut encore 24 heures pour parcourir les quelque 60 km qui séparent Odessa de la frontière avec la Moldavie.
« À ce rythme, la situation risque de devenir la plus grande crise de réfugiés du siècle en Europe », a alerté le HCR. Hier lundi, les dernières estimations faisaient état de 500.000 Ukrainiens ayant quitté le pays. Selon l’ONU, le conflit pourrait aboutir jusqu’à 4 millions de réfugiés en Europe.
Face à cet afflux, les agences humanitaires se mobilisent. Le HCR renforce ainsi ses opérations en envoyant d’urgence davantage de ressources, de personnel et d’articles de secours à déployer dans la région, tout en se préparant à fournir une aide en espèces via des cartes si nécessaire.
Des réfugiés africains « discriminés aux frontières »
Si « tous les pays voisins » de l’Ukraine ont jusqu’à présent gardé « leurs frontières ouvertes pour les réfugiés fuyant l’Ukraine, des rapports des médias notent que des ressortissants de pays d’Afrique et d’Asie du Sud sont l’objet de discriminations. Des milliers d’entre eux seraient bloqués aux frontières ukrainiennes, pour laisser « la priorité aux Ukrainiens ».
Des pays africains et l’Union africaine (UA) se sont ainsi inquiétés du sort des citoyens africains, qui se verraient refuser le droit de traverser la frontière pour se mettre en sécurité. « Appliquer un traitement différent inacceptable aux Africains serait choquant et raciste et violerait le droit international », a souligné l’UA.
A ce sujet, les services du Haut-Commissariat de l’ONU aux droits de l’homme (HCDH) indique suivre avec attention le dossier, ajoutant qu’une telle discrimination serait « une erreur » et tout le monde doit avoir accès à la protection.
Pour sa part, le HCR demande instamment aux gouvernements de continuer à maintenir l’accès au territoire pour tous ceux qui fuient, faisant référence aux Ukrainiens, et les ressortissants de pays tiers vivant en Ukraine, qui sont maintenant forcés d’échapper à la violence. « Nous insistons sur le fait qu’il ne doit y avoir aucune discrimination à l’encontre de toute personne ou groupe », a fait valoir la porte-parole du HCR, Shabia Mantoo.
L’OIM s’inquiète du sort de 470.000 ressortissants de pays tiers bloqués en Ukraine
A noter que lors d’une session spéciale de l’Assemblée générale de l’ONU, le chef de l’ONU s’est également préoccupé de la situation. « Il est important que cette solidarité s’exerce sans aucune discrimination fondée sur la race, la religion ou l’origine ethnique », a affirmé António Guterres.
Selon les estimations de l’Organisation internationale pour les migrations (OIM), plusieurs Etats ont déjà sollicité une assistance pour aider au retour de leurs ressortissants en Afrique, au Moyen-Orient et en Asie.
« Plus de 50 ressortissants tunisiens qui ont traversé en Moldavie, ont été relocalisés en Roumanie dans un premier temps, avant de rentrer chez eux par un vol charter », a déclaré Safa Msehli, porte-parole de l’OIM.
Selon l’Agence de l’ONU pour les migrations, il y a plus de 470.000 ressortissants de pays tiers – dont beaucoup sont bloqués – de diverses nationalités en Ukraine, y compris un grand nombre d’étudiants étrangers et de travailleurs migrants. Au moins 6.000 d’entre eux sont arrivés en Moldavie et en Slovaquie.
Au moins 136 civils tués depuis jeudi dernier
Au moins 136 civils, dont 13 enfants, ont été tués, et 400 autres ont été blessés depuis jeudi dernier, a annoncé mardi le Haut-commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme. Mais « le bilan réel est probablement beaucoup plus élevé », a déclaré une porte-parole du HCDH Liz Throssell, précisant que les régions de Louhansk et Donetsk, dans l’Est ukrainien tenu par les séparatistes pro-russes, comptaient à elles seules 253 victimes.
Au total, 26 enfants figurent parmi les victimes. La plupart des victimes ont été la cible d’armes explosives à rayon d’impact large, notamment l’artillerie lourde, des lance-roquettes multiples, ainsi que des frappes aériennes.
« Comme l’a souligné la Haute-Commissaire, l’utilisation d’armes explosives à effet de masse doit être évitée dans les zones peuplées, en raison des risques très élevés d’impact indiscriminé et disproportionné sur les civils », a ajouté Mme Throssell. Les services de la Haute-Commissaire Michelle Bachelet insistent sur la nécessité « urgente d’une cessation immédiate des hostilités ».
Les prémisses d’une « catastrophe humanitaire »
Sur le plan humanitaire, les zones contrôlées par le gouvernement dans les localités de Donetsk, Louhansk et Kharkivska, dans l’est de l’Ukraine, figurent parmi les zones les plus durement touchées. Selon le Bureau de coordination des affaires humanitaires de l’ONU (OCHA), plusieurs villes et villages de cette partie orientale sont au bord de la catastrophe humanitaire.