Les enseignants qui enseignent le Français aux élèves non francophones « primo arrivants » dans les « dispositifs d’accueil » des collèges de la Haute Garonne ont vu leurs moyens amputés de 30% dans la dotation horaire pour l’année 2011-2010. Après avoir mis en ligne une pétition ( « pétition: l’enseignement du FLE en danger »), ils adressent une « lettre ouverte au Recteur » de l’académie de Toulouse.
Voici leur lettre :
« Monsieur le Recteur,
Les Élèves Nouvellement Arrivés en France, qui ne parlent pas, ou mal, le Français, sont reçus pendant une année dans des « dispositifs d’accueil », soit en école primaire, soit en collège, soit en lycée, selon leur âge. Ces élèves arrivent en France dans des circonstances diverses, souvent pour des raisons économiques, politiques, familiales…
Les Dispositifs d’Accueil permettent de leur donner un enseignement adapté à leurs besoins particuliers. Ils ont pour but, outre de les amener progressivement vers une plus grande maîtrise du Français, de les aider à s’adapter au système scolaire français et à ses usages, de prendre en compte leur parcours et leur situation familiale et sociale pour favoriser leur intégration, de leur apporter une mise à niveau dans certaines disciplines scolaires. Ce travail est très prenant et exigeant.
L’accueil spécifique de ces élèves est une obligation légale. C’est aussi une mesure d’utilité publique : cet accueil permet d’éviter la plupart des comportements agressifs ou dépressifs qui résulteraient d’une immersion brutale d’élèves non francophones, non préparés aux contraintes et aux habitudes scolaires françaises. Il réduit les risques de décrochage scolaire et d’échec. C’est donc le moyen de préparer une intégration, une orientation et un avenir scolaires et professionnels réussis.
Pourtant, la dotation des collèges de Haute-Garonne pour 2010-2011 prévoit une diminution d’un tiers des moyens horaires consacrés à ces dispositifs (de 18 à 12 heures hebdomadaires).
Cela conduit à supprimer d’abord les cours d’autres disciplines que le Français, au cours desquels les enseignants mettaient les élèves étrangers à niveau dans leurs disciplines, les préparant ainsi à intégrer l’année suivante des classes ordinaires dans des conditions correctes. Cet accompagnement est pourtant indispensable ( circulaire du 25 avril 2002 et rapport IGEN de 2009) car les différences de systèmes scolaires et de programmes sont considérables entre la France et la plupart des pays, y compris les pays de la CEE, et beaucoup de jeunes ont été incomplètement scolarisés. Sa suppression ira à l’encontre des deux axes du Projet Académique 2010-2013 : « amélioration des parcours scolaires » et « égal accès à l’éducation, la formation et l’insertion ».
Cela conduit aussi, si l’on veut maintenir au minimum cet accompagnement, à accorder à ces élèves un nombre d’heures de Français inférieur aux 400 heures que la loi accorde et impose, par le biais du Contrat d’Accueil et d’Intégration obligatoire, aux étrangers adultes ou de plus de 16 ans non francophones. Or il s’agit ici d’enfants et d’adolescents dont l’avenir se construit maintenant, et cela nous paraît très grave. Rappelons que « la maîtrise de la langue française demeure une priorité à l’oral comme à l’écrit pour l’école du socle commun », socle dont l’acquisition constitue « l’objectif premier de la scolarité obligatoire » (circulaire de rentrée 2010).
Enfin nous pensons que les économies qu’on veut réaliser aujourd’hui causeront dans un avenir proche des dépenses bien plus importantes, d’abord dans l’Éducation Nationale, ensuite dans l’ensemble des services sociaux : car la dégradation des conditions de vie dans les établissements scolaires (due à la réduction générale des moyens), et l’augmentation des échecs scolaires, ne peuvent qu’accroître à terme les troubles sociaux.
C’est pourquoi, Monsieur le Recteur, nous vous prions instamment de rétablir ces 18 heures dans nos dispositifs, et la généralisation de ce minimum dans tous les dispositifs de l’académie de Toulouse.
Dans cette attente, nous vous prions d’agréer, Monsieur le Recteur, l’expression de nos sentiments très respectueux.
Le collectif des enseignants des dispositifs d’accueil
Copie à M. l’Inspecteur d’Académie
Photo CC/Flickr/Gregor Younger


