Depuis la révélation par le journal en ligne Médiapart des propos tenus lors d’une « réunion de travail » par Laurent Blanc et des membres de la Fédération Française de Football, le football français connaît un KO technique dont il se serait bien passé, moins d’un an après le désastre de la coupe du monde.
Le fond du sujet
Petit retour en arrière, Mediapart révèle le 28 avril que la Fédération Française de football veut « moins de Noirs et d’Arabes ». Cette affirmation s’appuie sur les enregistrements d’une réunion de travail dirigée par François Blaquart, Directeur Technique National (DTN) par intérim après la démission de Gérard Houiller, et en présence de Laurent Blanc, sélectionneur de l’équipe de France.
Le Verbatim de cette réunion est révélé dès le lendemain sur le site internet de Mediapart.
Avant de parler des propos, revenons sur le fond du problème. A double tranchant. Le Fédération Française accueille dans ses structures de formation beaucoup de joueurs ayant une double nationalité. Et comme le règlement UEFA le stipule, un joueur qui a effectué des sélections chez les jeunes d’une nation, peut décider de changer tant qu’il n’a pas de sélection chez les A (sénior). En France par exemple, sur 30 joueurs formés dans les structures fédérales, 4 sont devenus internationaux A, et 26 jouent pour des sélections étrangères. Dans cette première partie du sujet, le problème évoqué était de trouver un projet pour inverser la balance car la fédération dépense beaucoup d’argent…pour d’autres fédérations. Et le fait est que sur les 26 joueurs qui choisissent une autre nationalité, la grande majorité proviennent d’Afrique (du Nord et Afrique noire). Le drame arrive lorsqu’on évoque le mot « quotas »limitant les joueurs susceptibles d’avoir cette double nationalité, procédé qui va à l’encontre des principes républicains. C’est surtout la deuxième partie du sujet qui a heurté l’opinion générale.
Après le fiasco de la Coupe du monde 2010 et l’avènement des « petits », « techniques » et « intelligents » footballeurs espagnols symbolisé par la « Roja » championne du monde et le Barça, le football tricolore se cherche un projet sportif made in « La France »… et dérape. Force est de constater que les centres de formations et pôles fédéraux sont majoritairement constitués de « grands blacks », la réunion prend une tournure très familière et les propos de Laurent Blanc et Eric Mombaerts ne semblent pas totalement contrôlés. Les participants évoquent la possibilité de rediriger les critères de recrutement vers un autre profil de joueur. Il est donc notamment question de troquer le « grand noir costaud » pour un petit joueur « plus intelligent ». Malgré des propos que l’on ne peut « globalement » qualifier de « faux » sur le fond, Laurent Blanc et Eric Mombaerts ne semblent pas se rendre compte de l’aspect discriminatoire de ce qu’ils avancent.
L’affaire
Le problème est posé, l’affaire explose et s’en suit un déferlement médiatique sans précédent. On apprend tout d’abord que l’auteur de l’enregistrement n’est autre que Mohamed Belkacemi, DTN au football de quartier, présent à la réunion, qui affirme avoir enregistré tout cela car il était choqué par la teneur des propos et a transmis la bande son à la Fédération Française de Football (3F) et non à Médiapart.
France 98 se déchire sur la question, quand les anciens se soudent autour du « Président », Laurent Blanc, Lilian Thuram n’a de cesse d’accabler le sélectionneur en parlant d’affaire « gravissime ». Tout le monde y va de son petit mot, comme le maitre de la bienpensance Yannick Noah et d’autres « voix » françaises.
Plus sérieusement, le ministère des sports, sous la houlette de Chantal Jouanno a diligenté une commission d’enquête pour donner le ton une bonne fois pour toute dans cette affaire. La secrétaire d’Etat aux sports s’est exprimé lundi sur les résultats de l’enquête en déclarant qu’il n’y a pas d’«éléments ou de faisceau d’indices qui permettrait de dire qu’il y a atteinte à la loi de 2001 sur les discriminations» dans le verbatim de la fameuse réunion du 8 novembre dernier. La ministre a ajouté qu’il appartenait au Conseil fédéral de la FFF de «décider de la poursuite ou non de la mission» de François Blaquart, le DTN, suspendu de ses fonctions. Mme Jouanno a rappelé en effet que le ministère avait centré son enquête sur les propos tenus à la réunion et leur caractère éventuellement illégal, ce qui n’est pas le cas, selon ses conclusions. L’enquête interne de la FFF donnera ses conclusions ce jeudi.
Tout ça pour quoi ?
La question essentielle est de savoir à qui profite le crime ? Qui a réellement transmis ses informations à la rédaction de Médiapart ? Tout ce remue-ménage médiatique a-t-il un sens ? Certes les propos tenus sont discriminatoires et n’auraient jamais du voir le jour, mais n’oublions pas qu’ils ont été tenu lors d’une « réunion de travail » datant d’il y a déjà 6 mois, qui n’a découlé sur aucun projet réel et qui était de l’ordre privé et strictement privé. La discussion était loin d’être conventionnelle, laissant place à des maladresses verbales que regrettent surement tous les membres de cette réunion. Une réunion qui s’attaquait à des problèmes profond du football français qui n’allaient pas être réglés lors de cet échange qui ne devaient servir qu’à l’exposition de ces dysfonctionnements. Comme dans toute réunion, on cherche à émettre des idées tout en sachant que cette question demandera des mois et des mois de réflexion pour aboutir à un projet clair. Et soyons sérieux, de telles mesures sont impossibles à prendre « légalement » dans un pays comme la France…
Photo CC/Klearchos Kapoutsis from Paleo Faliro, Greece : Michel Platini, grande figure du foot français et actuel président de l’UEFA ne s’est pas exprimé sur le sujet



« qui n’a découlé sur aucun projet réel » : c’est vous qui le dites. Et même si vous avez raison, n’est-ce pas grace à Mediapart ? Que se serait-il passé si Mediapart n’avait rien révélé ?
« De telles mesures sont impossibles à prendre « légalement » » : certes, mais le verbatim fait état de mesures officieuses. De telles mesures sont-elles impossibles à prendre « officieusement » ? Les membres de la réunion qui en parlaient sont-ils si incompétents qu’ils proposent des choses impossibles ?