Sélection de partenaires sexuels mode d’emploi scientifique

Le mystère du mécanisme de la sélection des partenaires sexuels aurait été levé par des chercheurs de l’Université de Montréal. Selon les résultats de cette nouvelle étude publiée dans la très sérieuse revue Nature, les chercheurs estiment qu’un commutateur moléculaire s’active en réponse à un signal émis par un partenaire potentiel. Autrement dit, une cellule avertit une autre cellule qu’un partenaire potentiel est à proximité et qu’il est suffisamment en bonne santé pour l’accouplement !

une cascade de messages chimiques

Cette décision est contrôlée par un simple commutateur chimique qui convertit le signal de phéromone entrant en réponse cellulaire“, précise Stephen Michnick, auteur principal de cette étude, professeur de biochimie à l’Université de Montréal et titulaire d’une Chaire de recherche du Canada en génomique intégrative.

Lorsque la signalisation des phéromones augmente, deux enzymes dans la cellule entrent en concurrence, l’une ajoutant et l’autre supprimant une modification chimique sur une protéine du nom de Ste5 “, développe le professeur Michnick, qui fait remarquer que lorsque le seuil critique de signalisation des phéromones est atteint, l’une des enzymes finit par avoir le dessus sur la capacité de l’autre à modifier Ste5, déclenchant une brusque cascade de messages chimiques qui sont transmis à la cellule pour lui indiquer que le moment est venu de s’accoupler.

Ces résultats ont été obtenus grâce à la collaboration du physicien Peter Swain, de l’Université McGill et de l’Université d’Édimbourg, et son chercheur postdoctoral Vahid Shahrezaei, aujourd’hui chargé de cours au Collège impérial de Londres au Royaume-Uni. Ils ont pu décrire en effet avec une précision toute mathématique comment ce phénomène agit sur la décision d’accouplement.

La levure à l’image de nos cellules

L’équipe de recherche a utilisé pour cela un organisme cellulaire très simple, à savoir la levure que l’on utilise pour la fabrication du pain. « Bien que la levure soit radicalement différente de l’être humain, nous avons beaucoup de points communs avec elle au niveau moléculaire et cellulaire. Les mêmes molécules qui génèrent cette décision de commutation dans la levure se retrouvent sous des formes comparables dans les cellules humaines. Des décisions de commutation comparables à celles prises par la levure sont prises par les cellules souches pendant le développement embryonnaire et deviennent dysfonctionnelles en cas de cancer», précise le professeur Michnick. La levure a permis aux chercheurs de montrer comment une cellule peut prendre une décision importante. « Pour prendre la décision de conjuguer, les cellules doivent savoir qu’il y a un partenaire à proximité, puis prendre rapidement la décision de se préparer à la fusion », précise Mohan Malleshaiah, premier auteur de cette étude et étudiant aux cycles supérieurs.

Charles Darwin

« La décision de s’accoupler n’est pas seulement rapide, elle est aussi précise et entraîne la sélection du meilleur partenaire disponible, même si plusieurs partenaires potentiels se font concurrence à proximité. Charles Darwin a découvert il y a 150 ans les principes qui régissent comment et pourquoi les organismes choisissent leur partenaire. Il est fascinant de voir que les mêmes principes décrits par Darwin pour expliquer pourquoi les vaches choisissent les bœufs les plus forts, ou les paonnes les paons au plus beau plumage peuvent s’observer avec autant de précision au niveau moléculaire dans la levure », ajoute Mohan Malleshaiah.

Grâce à cette étude publiée dans Nature, les chercheurs ont levé le voile sur la manière dont les cellules prennent des décisions essentielles à leur avenir. «Dans un avenir rapproché, nous pourrons peut-être faire d’autres découvertes sur ces mécanismes de commutation et comprendre comment les êtres humains naissent de ce processus complexe, de la décision des cellules de devenir des tissus différents pendant le développement. Peut-être pourrons-nous aussi expliquer comment ces mécanismes décisionnels peuvent déboucher sur des maladies », précise le professeur Michnick.

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