Par Jean Louis Chauzy, président du Conseil économique et social régional
Il est maintenant établi que la procédure de mise en vente des parts de l’Etat dans l’acquisition de l’aéroport de Toulouse-Blagnac depuis le 3 juillet, sans aucune concertation préalable avec les industriels de la filière aéronautique, dont Airbus et ATR, est inacceptable, et constitue un marché de dupes. En effet le cahier des charges rédigé par l’Agence des Participations de l’Etat ne prend pas en compte la situation des sociétés aéronautiques qui occupent 100 hectares sous la forme d’une autorisation d’occupation temporaire, réalisant 200 millions d’investissements, et bénéficiant de conventions particulières pour les vols d’essais.
Quel sera le montant des loyers pour la chaîne des sous-traitants qui sont implantés sur le site ? Seront-ils traités comme ils le sont sur les autres plates-formes aéroportuaires avec des loyers multipliés par 5 en quelques années. La valorisation « au mieux » des intérêts de l’Etat est une stratégie de court terme qui va à l’encontre de l’intérêt général de la France et de son industrie aéronautique, leader mondial dans son domaine, ce qui exige une stratégie de long terme qui doit sécuriser cette activité sous peine de connaître le chemin des délocalisations. La vente des concessions autoroutières en 2006 par l’Etat a été une tragique erreur… pour le financement pérenne des infrastructures de transport (l’écotaxe à vécu).
Nous connaissons maintenant les sept concessionnaires intéressés français ou… chinois ; ils seront d’abord préoccupés de « rentabiliser leurs investissements… » Que deviendra l’industrie aéronautique à Toulouse quand le foncier nécessaire à son développement sera introuvable ou à des prix prohibitifs.
Parce qu’Airbus et ATR représentent pour le bassin toulousain, 80 000 emplois avec la sous-traitance, parce que Toulouse Métropole, le Conseil Général, le Conseil Régional ont su investir et investissent encore pour développer cette industrie stratégique et co-financent l’amélioration des accès à la plateforme, parce que le développement économique d’ATB est intimement lié à celui de l’aéronautique, je demande la suspension de la procédure d’appel d’offres, la modification du cahier des charges pour introduire des dispositions sécurisant réellement les industriels, les personnels ainsi que les collectivités, celles-ci ayant fait le choix de ne pas monter au capital, ce que l’on peut regretter aujourd’hui.
Il faut sortir de l’appel d’offre le foncier occupé par les industriels, déclasser le terrain (100 hectares) et octroyer à Airbus un bail emphytéotique de 99 ans. Les collectivités doivent s’inscrire dans cette démarche.
L’Etat, encore propriétaire, garant du long terme et de l’intérêt général doit prendre cette décision dans les meilleurs délais, sous peine de fragiliser une industrie qui reste un secteur d’activité important en croissance.



